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Le secteur de la construction au Vietnam : infrastructures, immobilier et nouvelles priorités gouvernementales

Le secteur de la construction occupe une place centrale dans la stratégie de développement du Vietnam. Il bénéficie simultanément de l’accélération des investissements publics, de l’urbanisation, du développement industriel, de la reprise progressive du marché immobilier et de la volonté du gouvernement de moderniser les infrastructures nationales.

Selon Mordor Intelligence, le marché vietnamien de la construction devrait atteindre 80,61 milliards de dollars en 2026, contre environ 74,70 milliards en 2025. Il pourrait ensuite progresser jusqu’à 115,78 milliards de dollars en 2031, soit un taux de croissance annuel moyen de 7,51 % entre 2026 et 2031. Ces estimations placent le Vietnam parmi les marchés de la construction les plus dynamiques d’Asie du Sud-Est.

Cette croissance ne repose toutefois pas sur un seul segment. Elle résulte de la convergence de plusieurs moteurs : grands projets de transport, investissements industriels étrangers, besoins en logements, nouvelles zones urbaines, développement énergétique et modernisation des infrastructures logistiques.

Les infrastructures publiques au cœur de la croissance

Le principal moteur du secteur reste l’investissement dans les infrastructures. D’après Mordor Intelligence, la construction d’infrastructures devrait enregistrer une croissance annuelle moyenne de 8,88 % jusqu’en 2031, soit un rythme supérieur à celui du marché général. Les routes, les voies ferrées, les aéroports, les métros et les infrastructures énergétiques constituent les principaux domaines concernés.

Le développement des autoroutes est devenu une priorité nationale afin de mieux relier les centres industriels, les ports, les régions économiques et les grandes métropoles. Ces projets visent notamment à réduire les coûts logistiques, qui restent un enjeu important pour les entreprises industrielles implantées au Vietnam.

Le pays poursuit parallèlement plusieurs projets structurants, parmi lesquels le réseau autoroutier Nord-Sud, les périphériques de Hanoï et de Hô Chi Minh-Ville, les nouvelles lignes de métro, l’extension des infrastructures portuaires et le développement du réseau ferroviaire.

Le projet de ligne ferroviaire à grande vitesse Nord-Sud illustre l’ampleur des ambitions du pays. Les autorités ont approuvé le principe d’investissement de ce projet stratégique, en parallèle du développement des réseaux ferroviaires urbains à Hanoï et à Hô Chi Minh-Ville. Le gouvernement prévoit également de renforcer les infrastructures énergétiques et d’avancer sur plusieurs projets de production électrique considérés comme indispensables à la croissance industrielle.

Long Thanh, un projet emblématique

L’aéroport international de Long Thanh, situé dans la province de Dong Nai, constitue l’un des projets d’infrastructure les plus importants du Vietnam. Son investissement total est estimé à environ 16 milliards de dollars sur plusieurs phases.

À terme, l’aéroport devrait pouvoir accueillir jusqu’à 100 millions de passagers et cinq millions de tonnes de fret par an. Sa première phase doit contribuer à décongestionner l’aéroport de Tan Son Nhat et à renforcer le rôle du Sud du Vietnam comme plateforme régionale pour le transport, la logistique et le commerce international. Le gouvernement vise désormais un lancement commercial au quatrième trimestre 2026.

Le projet ne se limite pas à la construction des terminaux et des pistes. Il entraîne également le développement d’autoroutes, de lignes ferroviaires urbaines, de réseaux électriques, d’infrastructures hydrauliques, de télécommunications, de zones logistiques et, à plus long terme, d’une véritable ville aéroportuaire.

Cette dynamique crée un effet d’entraînement sur l’ensemble du territoire situé entre Hô Chi Minh-Ville, Dong Nai, Ba Ria–Vung Tau et les principaux ports du Sud.

L’immobilier résidentiel demeure le premier segment

En 2025, la construction résidentielle représentait environ 39,1 % du marché vietnamien de la construction, selon Mordor Intelligence. Elle reste ainsi le segment le plus important en valeur.

Cette importance s’explique par plusieurs facteurs structurels. Le Vietnam continue de connaître une urbanisation rapide, une croissance démographique dans les grandes agglomérations et une progression du nombre de ménages appartenant aux classes moyennes. Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Da Nang, Hai Phong, Binh Duong et Dong Nai concentrent une grande partie de la demande.

Le secteur immobilier a néanmoins connu plusieurs années difficiles, marquées par le resserrement du crédit, les difficultés financières de certains promoteurs et les retards administratifs affectant de nombreux projets.

La mise en application de nouvelles lois relatives au foncier, au logement et aux activités immobilières vise à améliorer la transparence du marché, à clarifier les procédures et à faciliter le déblocage des projets. Mordor Intelligence considère ces changements réglementaires comme l’un des facteurs favorisant une meilleure visibilité pour les investisseurs et les promoteurs.

La reprise reste progressive et inégale. Les projets disposant d’un cadre juridique clair, d’une localisation bien connectée et d’une demande réelle sont mieux positionnés que les développements reposant uniquement sur la spéculation foncière.

Le logement social devient une priorité nationale

Le gouvernement vietnamien souhaite également accélérer la construction de logements accessibles aux travailleurs et aux ménages à revenus modestes. Cette politique est particulièrement importante dans les grandes zones industrielles, où la croissance de l’emploi n’a pas toujours été accompagnée d’une offre suffisante de logements abordables.

Le développement du logement social peut stimuler plusieurs segments de la chaîne de valeur : construction modulaire, structures préfabriquées, matériaux économiques, équipements sanitaires, solutions énergétiques, gestion des bâtiments et aménagement urbain.

À Hanoï, les autorités prévoient notamment de poursuivre les investissements dans le logement abordable, les nouveaux quartiers urbains, les écoles, les établissements de santé et les équipements publics.

Pour les investisseurs, le logement social présente cependant des caractéristiques particulières. Les marges peuvent être plus faibles que sur les projets immobiliers haut de gamme, tandis que les résultats dépendent fortement du prix du foncier, de la rapidité des autorisations et de l’accès aux mécanismes de financement préférentiels.

Les investissements industriels soutiennent la construction

Le Vietnam demeure une destination importante pour les entreprises qui souhaitent diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en Asie. Cette évolution alimente directement la construction de nouvelles usines, de bâtiments logistiques, d’entrepôts et de parcs industriels.

La Banque mondiale estimait que les investissements directs étrangers décaissés pourraient se maintenir autour de 25 milliards de dollars, reflétant l’attractivité persistante du Vietnam auprès des investisseurs internationaux. Elle soulignait également que l’augmentation des investissements publics et l’accélération de la reprise immobilière pourraient soutenir la demande intérieure.

Les besoins ne concernent plus uniquement des bâtiments industriels standards. Les projets liés à l’électronique, aux semi-conducteurs, aux composants automobiles, aux équipements médicaux, à l’agroalimentaire ou aux centres de données nécessitent des infrastructures plus techniques.

Ils peuvent inclure des salles propres, des systèmes de traitement de l’air, des dispositifs de contrôle thermique, des installations électriques sécurisées, des stations de traitement des eaux, des systèmes de protection contre les incendies et des solutions avancées de gestion énergétique.

Cette évolution ouvre le marché à des acteurs spécialisés dans l’ingénierie, les équipements techniques, la conception industrielle et la gestion de projets complexes.

Les grandes villes préparent de nouveaux corridors urbains

Hô Chi Minh-Ville représentait environ 36,88 % de la valeur du marché de la construction en 2025, selon Mordor Intelligence. Cette position s’explique par la concentration des projets immobiliers, industriels, commerciaux et d’infrastructures dans la principale métropole économique du pays.

La croissance devrait néanmoins s’étendre davantage aux provinces périphériques et aux villes secondaires. Mordor Intelligence prévoit ainsi une croissance annuelle moyenne de 7,77 % jusqu’en 2031 pour les régions situées en dehors de Hô Chi Minh-Ville, Hanoï et Da Nang.

Cette tendance est soutenue par la création de nouvelles routes, l’extension des parcs industriels et la hausse des coûts fonciers dans les centres urbains historiques.

Hanoï a pour sa part annoncé en juin 2026 une liste de 276 projets prioritaires couvrant notamment les infrastructures modernes, les zones industrielles de haute technologie, les centres logistiques, les quartiers urbains intelligents et les projets environnementaux. La ville a également lancé ou accéléré plusieurs lignes ferroviaires urbaines, routes périphériques, ponts sur le fleuve Rouge et systèmes de lutte contre les inondations.

Ces infrastructures devraient progressivement créer de nouveaux corridors de développement autour des stations de métro, des périphériques et des grands axes régionaux.

Une politique gouvernementale orientée vers l’exécution

La nouvelle phase de développement engagée par les autorités vietnamiennes met davantage l’accent sur l’exécution des projets, la décentralisation et la mobilisation du secteur privé.

Les priorités annoncées comprennent les infrastructures stratégiques, l’innovation, la transformation numérique, les investissements étrangers, le développement du secteur privé, les technologies vertes et l’amélioration de la gouvernance publique.

La participation du secteur public reste dominante : Mordor Intelligence estime que les financements publics représentaient environ 62,34 % du marché de la construction en 2025. Le capital privé devrait néanmoins progresser plus rapidement, avec un taux de croissance annuel prévu proche de 8,9 % jusqu’en 2031.

Cette évolution peut favoriser les partenariats public-privé, les concessions, les projets immobiliers associés aux transports publics et les investissements dans les infrastructures énergétiques ou environnementales.

Le principal défi ne sera donc pas uniquement de mobiliser des capitaux, mais aussi d’améliorer la préparation des projets, l’acquisition des terrains, la coordination administrative et la vitesse de décaissement des budgets publics.

Quelles opportunités pour les investisseurs étrangers ?

Les opportunités liées au secteur vietnamien de la construction dépassent largement l’activité traditionnelle de promoteur ou d’entreprise générale.

Les investisseurs et entreprises étrangères peuvent intervenir dans les équipements de construction, les matériaux techniques, la préfabrication, les systèmes électriques, la ventilation, le traitement de l’eau, la sécurité incendie, les infrastructures ferroviaires, les solutions aéroportuaires ou encore la conception de bâtiments industriels.

Les méthodes modernes de construction restent encore minoritaires. Les techniques traditionnelles réalisées directement sur chantier représentaient environ 94,55 % du marché en 2025. Toutefois, la construction modulaire, la préfabrication, le BIM et la production hors site devraient progresser à un rythme annuel proche de 9,9 % jusqu’en 2031.

Cette transition constitue une opportunité pour les entreprises proposant des technologies capables de réduire les délais, de mieux contrôler la qualité et de limiter les déchets.

D’autres opportunités apparaissent dans les infrastructures vertes : bâtiments économes en énergie, solutions de refroidissement, panneaux solaires intégrés, récupération de l’eau, traitement des déchets, bornes de recharge et rénovation énergétique.

La rénovation représente d’ailleurs un marché croissant. Alors que les nouvelles constructions continuent de dominer, la rénovation et la modernisation des bâtiments existants devraient progresser de plus de 7,7 % par an jusqu’en 2031.

Des risques à intégrer avant d’investir

Malgré ses perspectives favorables, le marché vietnamien de la construction reste complexe.

Les investisseurs doivent notamment évaluer la situation juridique du foncier, les procédures d’autorisation, les règles de planification, les capacités financières des partenaires et la disponibilité réelle des infrastructures autour du projet.

La volatilité du prix des matériaux constitue un autre risque. Les variations du coût de l’acier, du ciment, du sable, de l’énergie et des équipements importés peuvent affecter la rentabilité des contrats à prix fixe.

Le secteur fait également face à des pénuries de main-d’œuvre qualifiée dans certaines fonctions techniques. Mordor Intelligence identifie le manque de compétences et la volatilité des matériaux parmi les principales contraintes du marché en 2026.

Enfin, l’annonce d’un grand projet ne garantit pas son exécution immédiate. Les calendriers peuvent être influencés par les expropriations, le financement, la coordination entre administrations, les appels d’offres et les modifications de conception.

Un marché porté par une transformation durable du pays

La croissance de la construction au Vietnam ne repose plus seulement sur l’expansion immobilière des deux grandes métropoles. Elle s’inscrit dans une transformation plus large du territoire vietnamien.

Autoroutes, métros, aéroports, zones industrielles, logements sociaux, infrastructures énergétiques et villes intelligentes constituent désormais les composantes d’un même cycle d’investissement.

Pour les entreprises étrangères, les perspectives les plus solides se situent souvent dans les segments où le Vietnam doit encore renforcer ses compétences : ingénierie spécialisée, technologies de construction, gestion de projet, équipements techniques, solutions environnementales et méthodes industrielles de construction.

Le potentiel du marché est donc important, mais il doit être abordé avec une compréhension précise des projets, des acteurs locaux, des réglementations et des processus de décision. Dans un environnement où l’exécution reste déterminante, la sélection des partenaires et la capacité à suivre les projets localement seront aussi importantes que la technologie ou le financement apportés.